Visite chez une famille nomade en Mongolie

letable de yacks

Visite chez une famille nomade en Mongolie

Nous sommes partis d’Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, avec l’objectif de rencontrer une famille nomade d’éleveur de yack, et, pour seul indice de repérage, une vague indication d’emplacement de leur camp ainsi qu’un numéro de téléphone.

Cela aurait pu être plus commode de pouvoir les repérer avec les moyens modernes de la géolocalisation par GPS, mais le contexte en décide toujours autrement au pays des steppes.  Toutefois, nous avons pu compté sur le concours d’un guide local afin de parvenir à bon port. Une fois quitté la route principale, nous avons poursuivi avec l’indication donnée, jusqu’ici, tout va bien.

Après avoir passé un pont de bois branlant et deux yourtes, nous continuions sur le chemin de droite, qui peu à près se divisait en une patte d’oie, pour se ramifier une nouvelle fois en deux directions opposées. Le doute s’installa alors quant à la direction à suivre, car un tel choix de pistes n’était pas prévu au programme. Rappelons au passage que les signalisations sont à la Mongolie ce que les arbres sont dans le désert du Gobi : rares. Une yourte apparaissant à l’horizon s’annonçait comme seul joker. Il commençait alors à neigeoter.

Suite aux sommaires indications dites par les nomades habitant la yourte, nous pensions arriver très prochainement à la destination finale, mais le destin en a décidé autrement. Finalement, après avoir passé deux autres petits ponts, nous parvenions enfin à trouver la yourte de nos hôtes.

des yourtes sous la neige
des yourtes sous la neige

Boroo, notre hôtesse, nous a accueilli avec un grand sourire chaleureux à côté de ses filles jumelles de dix mois. Elle nous raconta que son mari était parti nous rechercher avec sa moto.  La bonne humeur de Boroo et quelques bols de thé chaud (avec du lait de yack), des boortsog (une sorte de beignets fait maison), nous permet rapidement de nous sentir en terrain familier. Galaa, mari de Boroo, fini par rentrer de sa recherche en dépit de savoir que nous étions arrivés. Seul son téléphone satellite laissé dans la yourte lui aurait permis de connaître le dénouement plus tôt. La suite de la soirée s’est déroulée autour d’une soupe maison et beaucoup de rigolade.

letable chez les nomades
l’étable chez famille nomade

Boroo et Galaa ont toujours vécu en Arkhangai . Depuis leur mariage, ils ont eu cinq enfants, dont les trois plus grands sont âgés de quatorze, onze et sept ans, et vont à l’école dans la ville la plus proche. Lorsqu’ils nous racontent que ces trois enfants vivent seuls dans une yourte en ville, et qu’ils se débrouillent seuls au quotidien, cela me fait penser à l’autonomie de mes enfants de même âge vivant en France. 

les agneaux tetent leurs meres
les agneaux tètent leurs mères

Leur principal revenu provient de leur troupeau. Ils ont environ quatre cents animaux, dont deux cents yacks. Ils revendent la laine pour fabriquer des vêtements. Cela ne fait pas très longtemps qu’ils sont arrivés à leur emplacement de printemps. L’hiver arrivé, ils s’installent normalement à 18 km d’ici.

Le lendemain de notre arrivée, vers 6 heures de matin, je fus réveillée par Galaa qui rentra dans notre yourte pour ajouter du bois dans le feu. Après mon lever, j’ouvris  la porte face à une grande surprise ! La neige couvrait tout le paysage et le vent soufflait très fort. Galaa et Boroo était déjà parti à leurs tâches respectives avec leur troupeau pendant que leurs jumelles dormaient tranquillement dans la yourte. 

des nouveaux nes
des nouveaux nés

Plus tard dans la journée, ils me racontèrent qu’ils avaient vêlé un agneau et deux chevreaux cette nuit. En cette période, c’était la saison des naissances, où il convenait de bien surveiller les femelles prêtent à donner la vie, d’autant plus que le climat toujours capricieux pouvait être fatal aux futurs nouveaux nés.

la neige
la neige

Le travail de la matinée consista par le déneigement de l’étable, puis donner à manger au bétail, ensuite par la traite des yacks et enfin par sortir le jeune bétail afin qu’ils tètent leur mère.

Même sous cette mauvaise météo, le cheptel était parti brouter ce qu’il pouvait sous la neige toute l’après-midi durant. 

Quand je demandais à nos deux nomades s’il était difficile d’être éleveur, ils me répondirent par l’affirmative, surtout à cette période-là. Cependant, ils préférèrent largement leur cadre de vie que celui de la ville. En effet, il y a quelques années, le jeune couple perdit tout son bétail suite à un épisode de blizzard extrême appelé dzud. Ils prirent alors l’exode pour Oulan Bator, afin de tenter de bâtir une nouvelle vie. Toutefois, l’environnement, l’ambiance et le rythme haletant de la capitale eurent raison de leur motivation. Ils décidèrent alors, peu de temps après, de retourner à leur biotope d’origine.

Manifestement, ils semblent bien heureux dans leur steppe. Je confirme cette affirmation par le bon temps partagé avec eux, autour de fou-rire partagé.

des moutons
des moutons

Lorsqu’ils rentrent dans leur yourte après une longue journée de labeur, leurs bébés les attendent tranquillement dans leur lit. « Elles ont l’habitude de nous attendre, et de toute façon, elles n’ont pas le choix » nous dit Boroo en riant.

Le lendemain, après nous avoir servi un petit-déjeuner, notre hôte est parti allé surveiller son troupeau en chevauchant sa moto, pendant que sa femme se lança dans la traite de ses yacks.

la traite des yack
la traite des yack

Le lait de yack n’est pas aussi abondant que celui provenant des vaches, mais il est davantage concentré, et donne plus de saveur. D’ailleurs, c’est avec le lait de yack coupé avec de l’eau que leurs deux jeunes filles sont nourries.

Peu après, Galaa rentra avec un chevreau lové dans la grande poche de son Deel (vêtement traditionnel mongol), et qui fut abandonné par sa mère dans la steppe. Il arrive effectivement que les femelles abandonnent leur progéniture par peur de perdre le troupeau alors que celui-ci avance.

chevreau
chevreau

Une chance pour ce bébé chèvre, qui aurait pu mourir de froid, et qui finit chouchouté par nous tous dans la chaleur de la yourte. Que de personnes réunies dans cette tente des steppes ! Au total, je dénombrais sept adultes, trois enfants et une chèvre dans ce format de yourte composée de cinq murs (soit environ 27 m²), sans que l’on se sente à l’étroit pour autant. Tout est simple, pratique et chaleureux chez une famille nomade, si bien que j’avais l’impression d’être littéralement dans un autre monde.

le nomade sur leur moto
Galaa sur son moto

A notre départ, la neige tombait toujours, à tel point que la piste était imperceptible. Galaa faisait l’éclaireur à moto, devant notre voiture, avec la neige qui montait jusqu’à ses genoux, si bien qu’il paraissait tout petit. Il tombait fréquemment de sa moto, et se redressait avec difficulté pour reprendre sa route.

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Quand il retourna sa tête vers nous pour vérifier si on suivait bien sa trace, on voyait son grand sourire et son visage rouge bien emmitouflé autour d’une écharpe. Encore aujourd’hui cette image me donne le sourire.

Ce fût un véritable plaisir de rencontrer ces gens, et il me tarde de pouvoir les rencontrer à nouveau.

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