Visite à la famille nomade pasteur Batbaatar

par Enkhmaa ~ 02/04/2009 . Classé dans : En mongolie.

 

Eroo est un village reculé situé à environ 70km au Nord de Darkhan. C’est autour de cet endroit que vivent les nomades chez qui nous achetons la laine.

Implanté au pied d’une large vallée, Eroo c’est également un paysage de steppes ponctué de végétation. On y rencontre çà et là  des pins, des bouleaux, ou encore des arbustes entremêlés, le tout rythmant étonnement cette immense vallée.

 

 Eroo se compose d’un tissu villageois formé par des séries d’habitations individuelles en fuste de bois, toutes ceinturées de clôtures en planches debout.

 

La fonction principale d’un tel  barricadement répond à des fins de protection contre les bêtes errantes : chiens, loups et autres petits prédateurs. De même, la clôture a pour effet de casser les vents de sables et de poussières.

Avec leurs couvertures de cuivres oxydées, les maisons se dissimulent avec perfection dans la steppe verdoyante.

Les innombrables lignes aériennes amarrées à de solides poteaux en bois et les bicoques dépassant des clôtures donnent parfois des allures portuaires  au village.

 

 

 

Ici il n’y a pas d’asphalte, tout n’est que terre battue. Eroo est la parfaite image d’un village mongol : paisible, loin du vacarme et de l’agitation urbaine.

Malgré sa petite taille, Eroo s’auto suffit. On peut y trouver l’essentiel pour pouvoir y vivre parmi les nombreuses épiceries. Les jours de marchés, de nombreux nomades viennent y vendrent quelques denrées. De même une école assure l’éducation des enfants, des garages de fortune peuvent aussi assurer le bricolage de voiture.

 

 

 

C’est l’hiver en Mongolie. Non loin du village, les familles de nomades se sont regroupées chacune auprès de leurs abris où ils peuvent y abriter leur bétail le plus fragile durant les rigueurs climatiques de l’hiver.

Chemin faisant nous croisons de nombreux troupeaux paissant dans la steppe parée d’or et de blanc.

Malgré le soleil radieux, il fait environ -15°C, et la pâture semble insignifiante… Mais foi de mongol, il en faut peux pour rassasier un animal des steppes !

 

 

 

Enfin, nous reconnaissons au loin le campement de notre chère famille nomade.

 

Comme d’habitude, ce sont les chiens qui commencent par nous accueillir par une série d’aboiements intimidants. Sitôt la garde contrôlée, la maîtresse de maison nous accueille et nous invite illico au foyer où l’on nous sert  la traditionnelle collation de bienvenue.

 

 

La famille Batbaatar est d’un niveau moyen comparé aux autres familles nomades du pays.

Leur foyer se compose de  6 personnes, dont la grand-mère, doyenne de la famille, le couple principal et leurs 3 enfants. Tout ce beau monde se partage 2 yourtes.

 

 

 

Cette famille possède à elle seule 700 moutons, 200 chèvres et 30 vaches, ce qui paraît énorme mais demeure une bonne moyenne pour prétendre vivre en autarcie de son bétail et pouvoir commercialiser laines, laits et viandes.

Parmi l’ensemble des moutons en leur possession, 400 sont de race mongole, et 300 autres sont de race issue d’un croisement russo-mongol.

La laine du mouton mongol est utilisée pour créer le feutre des yourtes car il se compose de plus de suint que les autres et observe donc des propriétés d’étanchéité.

La laine des croisements de moutons russo-mongol est quant à elle utilisée pour réaliser du feutre pour l’habillement et autres dérivés. Cette laine à la particularité d’être moins rigide et donc plus facile à travailler.

 

 

 

 

 Selon eux, l’hiver à été plutôt clément. Il faut traduire cela comme normal en réalité, autrement dit froid mais stable, sans pointes extrêmes.

 

 

 

L’abri auprès duquel les nomades ont pour habitude de se rapprocher pendant l’hiver est une forme de sédentarisation saisonnière. En dehors de la saison hivernale, la vie nomade bât son plein au-delà des abris, qui demeurent abandonnés tout l’été. Les abris sont une sorte de plateforme d’accueil pour le bétail. Les plus faibles et les lus fragiles y trouveront un toit pour s’y abriter. C’est également un lieu d’entreposage de foin qui alimente tout le bétail en continu durant l’hiver.

Tous n’ont pas l’opportunité d’être lotis sous abri. Le mouton mongol, les vaches et les chèvres restent dehors en permanence, car leur robustesse le permet. Seul le mouton de croisement russo-mongol a droit à la ferveur des pasteurs.

 

Aujourd’hui c’est Bituun, autrement dit la vieille du nouvel an mongol, qui consiste à se goinfrer en espoir de ne pas manquer tout au long de la prochaine année à venir.

Notre visite un tel jour n’était pas préméditée, mais nous ne l’avons pas regrettée. La dégustation d’autant de plats si savoureux était une aubaine. Mention particulière aux buuz cuits à la vapeur dans le jus du ragoût de mouton, un délice !

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Les plats défilent et les boissons également, c’est l’occasion de boire de l’airag (lait fermenté de jument) de l’été dernier, qui laissé à l’extérieur à tout bonnement congelé.

Entre deux buuz, le maître de maison nous sert le fameux arkhi, la vodka de lait traditionnelle mongole, environ 10° d’alcool.

On l’obtient par distillation de l’airag (ou de lait de vache), en disposant le tout dans un récipient à petit feu. Une forme conique en bois est placée sur le récipient, puis un second récipient rempli d’eau froide clôt le haut de la forme conique.

Enfin, un troisième récipient vide est suspendu au milieu de la forme conique. L’action de l’évaporation du lait bouilli à petit feu provoque de la condensation dés que la vapeur touche le récipient d’eau froide. Les gouttes s’accumulant sur la base du récipient finissent par tomber dans le troisième récipient qui se charge alors du précieux arkhi.

Une fois la vodka distillée on la savoure aussitôt tiède en y laissant fondre dans son bol un morceau de beurre.

La présence d’alcool est toujours vérifiée en jetant une louche d’arkhi dans le feu.

Les cristaux de lait formés en bordure du récipient primaire sont également recueillis et savourés sous forme de snacks.

La distillation d’arkhi est un moment important pour les mongols et attendus par chacun.

La coutume dit même que le voisinage scrute à la jumelle les foyers aux alentours en ayant un œil tout particulier sur le conduit de fumée.

Une fumée légère et fine est synonyme de distillation, ce qui précipitent les curieux sur les lieux de production où ils se feront offrir le bol de l’amitié.

 

Improviser une visite chez des nomades mongols est toujours une bonne idée, surtout pour le Bituun ! Nous sommes ainsi repartis sans la soif, ni la faim !

 

Après avoir savouré de bons échanges de nouvelles entre nous, il est temps de laisser la famille vaquer à ses occupations qui sont nombreuses dans les steppes.

 

Le mois de mars approchant, les chèvres seront bientôt prêtes à être peignées pour récolter le fameux cachemire.

 

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